• RADEGONDE

     

    Une porte qui grince et claque 

    Sur des pas qu'on remarque 

    Vite tout le monde à l'abri  

    Dessous nos minuscules lits 

    Cadastres de notre petit monde 

    Dans le grand dortoir c'est la ronde 

      

      

    Derrière la porte de toilette 

    On fait silence et on guette 

    Faut pas qu'on nous attrape 

    Pas de bruit ou ça dérape 

    Radegonde est dans le corridor 

    Elle croit que tout le monde dort 

      

       

    On a peur de sa baguette de mort 

    Qui distribue les mauvais sorts 

    C'est la toute première indécence 

    De notre frêle et tendre innocence 

      

    Une braguette lubrique et  tranchante  

    Camouflée sous cornette blanche 

    Rien de drôle faites pas les comiques 

    Si ça pète c'est de la vraie dynamite 

      

    Demain sœur Marie-du-coup –de- fusil  

    Nous fusillera de son œil gris souris 

    Elle voudra tout savoir cherchera à voir 

    Qui se promenait hier nuit au dortoir 

      

      

    Faudra ruser parer et vite déguerpir 

    En douce vitesse grand V sans fléchir 

    Rendez-vous illico presto pour déjeuner 

    Demain après la première heure du lever 

    Près de la rampe en bas de l'escalier  

    Où on trouve notre sinistre réfectoire 

    Distributeur de toasts froides et noires 

      

      

    Allez vite prends ta place dans les rangs 

    Un bras de distance entre toi et l'avant  

    Sinon claque claque sur tes petits doigts 

    Au jeu infernal et total du qui a fait quoi 

      

    Garde le dos droit les fesses serrées  

    Si ça retrousse tu vas te faire attraper 

    On ne rit pas croix de fer croix de bois 

    Coups de pieds au cul en enfer tu iras 

      

      

    Mesdemoiselles hors de nous point de salut  

    Nous vous guiderons fermement à Jésus  

    Suivez sur vos feuilles et faites en sorte 

    D’être soumises ne soyez pas sottes 

    Faites ce qu'on vous dit ne pensez pas 

    Pour le jugement dernier  laissez-nous cela 

      

      

      

    Le soir venu dans notre petit lit froid 

    On se rappellera le matin et l'acte de foi 

    A genoux devant Jésus en Sacré-Cœur 

    Notre coeur à nous depuis notre réveil 

    N'aura connu  vraiment que l'Ostensoir  

    Comme notre seul et unique soleil 

      

      

    Notre seul instant de bénédiction 

    Le court  moment de la récréation  

    Avant le glas avec de la chance 

    On  fuyait se cacher avec le gong 

    Derrière la grotte derrière la Vierge 

    Pierre grise de notre seule protection 

    Surtout ne pas se faire prendre  

    Sinon point de salut à l’horizon  

      

      

    Maintenant moi je vous dis Radegondes 

    Un énorme tua culpa  

    Vous et les autres hypocrites de ce triste monde  

    Avec vous point de rencontre avec la joie 

    Je vous le crie à pleins poumons 

    Depuis petite haute comme trois pommes 

    Entendez-vous comme cela résonne  

    « Tua culpa  tua maxima culpa » 

      

      

     

     

     

     

     

     

     

     

    « SERRURE ET VERROUEFFLEURE »
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  • Commentaires

    9
    Claudye
    Samedi 30 Janvier 2016 à 04:32

    En ce moment tu a fait remonter en moi plein de souvenirs ,J'adore ton style d'écriture,tu me colles aux tripes.Merci Malina

    8
    Mariannie
    Samedi 5 Mai 2012 à 18:14

    Quand on parle de leurs souvenirs aux personnes qui furent en pension chez les religieuses , elles racontent très souvent la sévérité de certaines soeurs , voire leur cruauté ! Il m'est difficile de penser qu'une religieuse soit aussi méchante avec des petits ... il faut dire qu'il y a pas mal de temps , une fille "de bonne famille" devait obligatoirement entrer au couvent ! Je pense que certaines devaient être frustrées et le faisaient payer cher aux enfants ...

    7
    Marie-Jeanne
    Dimanche 11 Mars 2012 à 10:41

    Bonjour, cela me rappelle des souvenirs de pensionnat. Elles m'en on fait baver ces bonne soeurs, mais même si elles m'ont muselée moi aussi, maintenant j'ai ratrappé le retard et maintneant j'ai repris mon caractère.

    6
    Mardi 6 Mars 2012 à 16:02

    Museler, oui c'est aussi un de mes mots lorsque je veux " plaider " la cause de ceux qui en ont besoin ! les femmes en particulier !

    Mon enfance n'a pas été " trop" dure, mais manquant d'amour et de compréhension, nous devons tous porter une croix, ou un autre symbole ...

    5
    malinamie Profil de malinamie
    Mardi 6 Mars 2012 à 14:55

    Tout à fait ...la poésie....j'adore....et aujourd,hui on ne me musèle plus

    4
    malinamie Profil de malinamie
    Lundi 5 Mars 2012 à 23:36

    Moi je ne rigolais pas : pas le droit de rire, pas le droit de regarder dans les yeux( fallait baisser la tête), pas le droit de courir, pas le droit de glisser sur les rampes d'escaliers, pas le droit de parler, pas le droit de se taire (fallait répondre quand on posait une question même si on savait pas quoi répondre,) fallait se confesser sans savoir de quoi , pas le droit de pleurer, pas le droit. pas le droit pas le droit ....le seul...tout juste de respirer ! Fallait même dormir les mains SUR LES couvertures et PAS dessous.....quand tu as 8 , 9 ou 10 ans....tu te demandes bien pourquoi ....fallais tu avoir l'esprit tordu....!!!! et je ne vous ai pas parlé des menaces ...pire que les coups promis...parce qu'un coup une fois donné c,est fini...la menace elle plane.....et tu y penses.... parfois pendant longtemps.....avant qu'elle ne vienne....et elle ne vient pas....Mais le résultat est pire......... Non on avait souvent trop peur pour rigoler.....


     


    IsaMalina x

    3
    malinamie Profil de malinamie
    Lundi 5 Mars 2012 à 07:24

    Ta lecture a la justesse d'une balle de 45 Dididit, merci pour le coup de pouce... (je me rappelle que les draps étaient rêches et sentaient l'eau de javel...) tu peux prendre la photo naturellement...


    tout dévouée


    IsaMalina x

    2
    Dididit Profil de Dididit
    Lundi 5 Mars 2012 à 02:08

    Celui-là j'y vois une tristesse et une impuissance totale, infinie comme l'univers. Elle est disponible la photo? Et tu y a mis quelques si belles références, tu  as  fait de la beauté avec cette désolance.

    1
    Samedi 3 Mars 2012 à 23:26

    Rigolo, moi aussi j'ai été en pension ( juste un an )

    Ah, les soeurs, quelle plaie, leur boufe ( à rendre malade ) et la prière à tout instant !

    On se moquait bien d'elles la tête sous le drap !



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